LE FIGARO TV MAGAZINE

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Quand, en janvier 1985, France 2 proposa à William Leymergie les rênes d’un premier magazine matinal, celui qui était alors producteur de Récré A2 n’hésita pas un instant. Trente ans plus tard, Télématin est toujours là, malgré les tentatives de la concurrence, et reste leader de sa tranche horaire avec 1,5 million de fidèles en moyenne (auxquels s’ajoutent les téléspectateurs sur TV5 Monde). Rencontre avec une légende du petit écran. Comment êtes-vous arrivé sur Télématin il y a trente ans ? Je n’avais pas la vocation de me lever à 5 heures du matin… Je voulais être journaliste, mais j’avais aussi envie de faire le gugusse. Cela a été la force de Pierre Wiehn, qui était alors directeur des programmes, de me faire venir. J’étais producteur de Récré A2 et je faisais de la radio. Il considérait que j’étais adapté à ce style de programme. J’avais la rigueur journalistique et la propension naturelle à faire le pagnal. Dès le début, le rendez-vous a été très fédérateur. Où en est Télématin aujourd’hui ? Ça coule à mort ! On fédère en moyenne 36 % du public. C’est plus que l’année dernière : 1,5 million de gens nous regardent tous les jours sur France 2 et autant dans le monde grâce à TV5 Monde. L’émission se porte bien, mais dans trente ans, on fera encore mieux ! Vous comptez présenter l’émission encore longtemps ? Je répondrai à la question quand on cessera de me la poser ! En France, quand vous êtes là depuis longtemps, on vous interroge sur la date de votre départ. Alors qu’à l’étranger, les gens applaudissent, ils vous empêchent de partir. Ce sont deux façons de voir les choses. Je suis plus proche de la fin du match, on peut le dire, puisque c’est une évidence. Mais une fois qu’on a dit ça… Nous ferons un scanner de la société à travers 50 sujets. En trente ans, l’émission a-t-elle beaucoup changé ? Non, dès le début, elle a eu cette structure-là : de l’info à travers des chroniques plus ou moins longues faites par des journalistes spécialisés. Aujourd’hui, elles sont plus courtes, mais il y en a davantage et l’émission dure une heure de plus. Certaines ont disparu, comme la diffusion de clips, les extraits de dessins animés ou encore le couple de pédopsychiatres qui s’adressaient aux parents. Vos chroniqueurs sont très fidèles. Photographie (de haut en bas) en 1985, 1994, 1997 avec le présentateur du journal de Télématin, Antoine Cormery, ou en 1999 avec le chroniqueur gastronomique Vincent Ferniot, n’a pas tellement changé. Le présentateur de France 2 se considère comme le premier téléspectateur de son émission : « Chaque jour, j’apprends des choses », affirme-t-il. Voir de nouvelles têtes pénétrer dans leur intimité ! Quant à moi, je me suis juste absenté quatre ans pour co-présenter le JT de 13 heures (entre 1985 et 1990, ndlr). Avez-vous jamais regretté d’avoir quitté le journal ? Non. Mon passage y a été très formateur. J’ai appris à faire court et précis, sans fioriture, aller à l’essentiel. C’est une excellente école, frontale, face caméra, sans fantaisie. Et que moi, au fond, j’avais envie de faire le gugusse aussi. Je suis revenu en 1990 et ils m’ont donné la responsabilité de l’émission en 1992. Quelle est la principale difficulté d’un tel rendez-vous ? C’est d’échapper à l’habitude, à la routine. On doit réussir le tour de force de produire une émission en direct de deux heures et demie, du lundi au samedi, et 50 reportages par semaine ! Et des reportages qui tiennent le téléspectateur en haleine. Je suis le premier client de cette émission. Je me mets à la place du téléspectateur : il est dans sa cuisine, fait une tartine à la main, et je veux qu’on réussisse à lui faire garder la tartine en l’air parce qu’il vient d’entendre quelque chose d’intéressant. “Tartine en l’air”, c’est notre mot d’ordre ! Le matin, les gens n’ont que quinze ou vingt minutes à nous consacrer. Alors il faut les retenir ! Vous avez littéralement écrasé la concurrence le matin ! En télé, oui. Nos concurrents directs, ce sont les radios. Derrière, il y a les… Pour fêter les 30 ans, qu’allez-vous proposer cette semaine ? Chaque jour, nous ferons un parallèle entre l’actualité de chaque secteur du quotidien avec celle d’il y a trente ans. Aujourd’hui, à la lueur de nos phares… Sur 30 journalistes et chroniqueurs, seuls trois ou quatre sont partis voir ailleurs ! Les autres sont restés et, comme le vin, ils se bonifient avec le temps ! Ils possèdent chacun leur spécialité et moi je les aide à animer leurs chroniques. Ils sont désormais rompus à cet exercice. Leur fidélité à Télématin, c’est la force de cette émission, car je ne suis pas sûr que les téléspectateurs qui les regardent chaque jour aient envie de…